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Journal · Choisir sa pratique

Ashtanga ou Rocket Yoga ?

Même vocabulaire de postures, deux grammaires opposées. L'un vous apprend à revenir, l'autre à essayer.

Ce sont les deux cours les plus physiques que j'enseigne, et on me demande souvent lequel choisir. La réponse tient moins à votre niveau qu'à votre tempérament — et à ce que vous cherchez vraiment en montant sur un tapis.

Une origine commune

L'Ashtanga Vinyasa Yoga a été transmis par Sri K. Pattabhi Jois à Mysore, en Inde, au cours du XXe siècle. Sa particularité : une série de postures fixe, apprise dans un ordre immuable, chaque posture reliée à la suivante par des mouvements coordonnés avec le souffle — c'est le vinyasa.

Dans les années 1980, à San Francisco, Larry Schultz, un élève de Jois, a réorganisé cette matière. Il a mélangé les postures des première et deuxième séries, déplacé les postures difficiles plus tôt dans la séance et introduit des variations. Le résultat s'appelle le Rocket — « parce que ça vous emmène plus vite », disait-il.

Même vocabulaire de postures, donc. Deux grammaires très différentes.

Ce qui les distingue vraiment

La répétition contre la variation

En Ashtanga, vous refaites la même série, séance après séance, pendant des mois. Cela paraît austère vu de l'extérieur. En réalité, c'est précisément ce qui en fait la puissance : quand la séquence est connue par cœur, l'attention se libère et se déplace vers le souffle et les sensations. Vous cessez de vous demander ce qui vient après. Et vous mesurez vos progrès avec une netteté rare, parce que le repère ne bouge jamais.

En Rocket, la séquence varie. Le professeur compose, adapte, propose des options. Chaque séance est différente. C'est stimulant, moins monotone — mais on perd le repère fixe qui rend la progression si lisible.

Le rapport à la difficulté

L'Ashtanga traditionnel est progressif et strict : on n'ajoute une posture que lorsque la précédente est stable. Certaines postures avancées peuvent attendre des années.

Le Rocket fait l'inverse. Sa philosophie est d'essayer tout de suite, avec des variantes, quitte à ne pas y arriver. Les inversions et les équilibres sur les bras arrivent tôt. C'est libérateur pour certains, frustrant ou risqué pour d'autres.

L'intensité

Les deux font transpirer. Le Rocket va généralement plus vite et sollicite davantage les épaules et les poignets. L'Ashtanga est plus long à s'installer mais construit une endurance profonde.

Lequel est fait pour vous

Choisissez l'Ashtanga si...

  • Vous aimez la structure, les repères, la discipline.
  • Vous venez d'un sport où la répétition est la norme — natation, course à pied, arts martiaux.
  • Vous voulez mesurer vos progrès de façon objective.
  • Vous cherchez autant une pratique mentale qu'un entraînement physique.

Choisissez le Rocket si...

  • La répétition vous ennuie et vous fait décrocher.
  • Vous venez du crossfit, de la gymnastique, de la danse ou des sports collectifs.
  • Les inversions et les équilibres sur les bras vous attirent.
  • Vous avez déjà une bonne condition physique et des épaules solides.

Et si vous débutez complètement ?

Soyons directs : ni l'un ni l'autre n'est un cours de découverte idéal. Ce sont des pratiques exigeantes, et arriver directement dans une séance d'Ashtanga sans aucune base est le meilleur moyen de se dégoûter, voire de se blesser aux poignets ou aux lombaires.

Le chemin que je recommande : deux ou trois séances de yoga avec accessoires ou de yoga inspiré de la méthode Iyengar pour comprendre les postures fondamentales et les alignements, puis l'entrée dans l'une des deux pratiques dynamiques. Ce détour de trois semaines vous en fera gagner six mois. Le guide du débutant détaille cette progression.

L'Ashtanga vous apprend à revenir. Le Rocket vous apprend à essayer. Les deux mènent au même endroit.

Un mot sur les blessures

Ce sont les deux styles qui produisent le plus de blessures, et il faut le dire clairement. Les points sensibles sont toujours les mêmes : les poignets dans les postures d'appui, les épaules dans les chaturangas répétés, le bas du dos dans les extensions arrière, les ischio-jambiers dans les flexions avant forcées.

Aucune de ces blessures n'est une fatalité. Elles viennent presque toujours de la même cause : vouloir la forme finale d'une posture avant d'en avoir les conditions. C'est là que la lecture anatomique compte — mon diplôme d'ostéopathie et mes années d'athlétisme de haut niveau servent surtout à cela : voir venir le mouvement compensatoire avant qu'il ne devienne une douleur.

Si vous avez un antécédent d'épaule, de poignet ou de lombaires, dites-le avant le cours. On adapte, et vous pratiquez sans risque.

En pratique à Casablanca

Les deux cours sont disponibles en séance individuelle (300 DH l'heure) et en groupe (150 DH par personne), au centre d'El Hank ou chez vous. Le plus simple, honnêtement, est d'essayer les deux : une séance de chaque, et votre corps tranchera plus vite que n'importe quel article.

Pour aller plus loin : la page Ashtanga Yoga et la page Rocket Yoga décrivent le déroulé complet d'une séance.

Vous hésitez encore ? Écrivez-moi en décrivant votre parcours sportif et vos éventuelles blessures. Je vous dirai franchement lequel des deux vous conviendra le mieux — y compris si la réponse est « ni l'un ni l'autre, pas encore ».

Une question ? Un premier cours ?

Décrivez votre niveau et vos disponibilités : la réponse arrive avec le cours et le créneau adaptés.

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